Prier avec une icône ...

 
L'icône: révélation du Mystère de l'Incarnation

Qui dit 'icône', dit 'image'. La première image dans l'art chrétien est celle de l'orante : les bras levés au ciel... L'orante résulte de la dualité fondamentale ressentie par l'homme : la bénédiction ou le ciel d'un côté, la damnation, la joie menacée, la terre de l'autre côté. L'homme collé à la terre, en même temps tend vers Dieu : de cette expérience d'impuissance monte le cri vers Dieu. Ce cri est soutenu par la confiance que beauté existe, que Dieu veuille donner le pardon, qu'Il veuille donner miséricorde... Cet image de l'Orante qui porte en elle toutes les attentes des hommes, se situe dans l'iconostase au passage de l'Ancien Testament à la Nouvelle Alliance.

"Réjouis-toi"... Avec l'Incarnation de Jésus Christ, vient l'accomplissement des temps... La dépréciation de la matière dans le christianisme, comme si la matière était incapable de représenter Dieu..., était source de combat pendant des siècles !

L'Incarnation dans le Fils, l'Incarnation de la Parole est la clef qui ouvre à contempler Dieu dans la réalité matérielle. La matière est bonne et elle joue un rôle crucial dans la Révélation : dans le bois de la Croix, la pierre du tombeau, l'encre de l’évangile, Pain et Vin représentant le Corps du Christ... Ne s'agit-il pas de matière dans ces cas ci ?

L'argument fondamental pour l'iconographie est bien : Dieu s'est fait homme et vraiment homme, dans une personne concrète et unique située dans le temps et l'espace, ayant un caractère et une physionomie particulière, couleur des yeux propres... : Jésus de Nazareth : "Qui Me voit, voit le Père", "Parole de Dieu ET image de Dieu"!

Nous sommes sauvés par quelqu'un ! L'iconographie peint ce qui es réel, authentique. De même chez les saints, c'est l'historicité qui prime: chacun a ses traits bien particuliers. Le secret le plus profond de l'homme, le secret le plus profond de la matière, c'est Dieu.

 

L'icône - espace de prière

L'icône est une 'fenêtre' qui donne vue sur le Mystère dont on voit l'image, Mystère qui par l'icône devient réellement présent... L'image rend présent par sa ressemblance, ressemblance avec le Fils... avec l'homme.

En réponse à notre aspiration à Dieu, Dieu s'est fait homme et par cela Il est présent dans l'icône.

La lumière dans l'icône est très importante. La lumière, c'est la Résurrection. Tout est porteur de la lumière de la Résurrection. La lumière dans l'icône n'arrive pas d'une source extérieure : tout et tous portent la lumière en soi et rayonnent d'une lumière intérieure.

Puisque Dieu s'est fait homme, la nature humaine s'est ouverte à recevoir la vie divine... Chacun à sa façon unique, proprement humaine, est appelé à s'ouvrir et à accueillir la lumière divine, à porter cette lumière et la faire naître pour le monde : la transfiguration de notre humanité

L'icône fait espace de rencontre :

- le mouvement de Dieu vers nous, qui par l'icône nous donne d'aller vers Lui...

- l'icône nous place dans la dynamique de Dieu qui nous cherche, et de notre propre recherche de relation, de voir face à face, de connaître et d'être connu... par Lui.

L'icône nous emporte à trouver l'unité en nous-mêmes. Elle est aussi signe de l'unité du cosmos, à laquelle Dieu aspire, et dont Il nous veut les serviteurs... L'icône rétablit aussi le contact avec l'Eglise, Une, avant la séparation de l'Est et l'Ouest, Eglise où le langage iconographique circulait encore dans tout le monde chrétien...

 

Ecrire des icônes comme carmélite... ?

Le travail de l'icône demande attention, concentration... et nous invite au recueillement, à s'ouvrir à Lui, à laisser faire l'unité en soi,... disons simplement: à prier ?.. Cette école est une grâce pour le chemin du Carmel, et mène à voir Dieu en tout, à travers la réalité concrète de soi-même, de ce qu'on est, de ce qu'on fait, à travers bois, jaune d'oeuf, et pigments à préparer... allant jusqu'aux racines du Mystère de l'Incarnation. Toutes les figures représentées sont authentiques, avec leurs particularités... L'iconographie introduit l'iconographe dans la réalité du monde invisible, d'un Dieu de vivants et non de morts...

Le travail de l'icône est révélateur et guérit... Dans la liturgie, la création entière depuis ses origines est guérie et libérée par l'homme qui se tourne vers Dieu, ainsi l'entraînant avec lui. La liturgie, c'est le monde uni, rétabli, c'est le Christ qui rassemble, exprimé par la matière. Pour l'ouie : il y a les lectures, le chant,... pour l'oeil : la lumière, les cierges, les ornements, l'icône ; pour l'odorat : l'encens... pour le goût : pain et vin,... pour le toucher : les salutations, les baiser de l'icône... Dans ce louange à notre Dieu, tout est harmonie : par exemple l'ensemble des couleurs de l'icône...

et tout repose sur l'amour
qui ne prend rien pour lui, qui n'utilise rien contre l'autre ...

« Ainsi que la Parole touche le coeur... l'icône touche ... par sa beauté ». C’est prier avec les couleurs : l'une couleur va mettre l'autre en valeur et est au service de l'autre... la couleur ne peut pas attirer l'attention sur elle-même... C'est une recherche de simplicité de la composition, des plis répétitifs, chercher à exprimer douceur, harmonie, discrétion, tout en obéissant aux règles et à la composition. Dans un cadre donné et assez stricte, chaque iconographe suit un chemin très propre : le style et la façon de travailler évoluent : c'est une recherche continuelle pour répondre à l'Esprit qui s'exprime personnellement à chacun de nous. Cette recherche aspire à ce que l'icône soit toujours plus transparente, brèche à la lumière divine, au service de la liturgie...                                                                                                                                    

N'est-ce pas ce que notre propre vie est appelée à devenir …
icône de l'amour de Dieu ?

Sœur Marie-Dominique, Carmélite de Saint Joseph
Waregem - Belgique