Histoire du Carmel de Dijon
Dans ce nouveau cadre de vie, Élisabeth est pleinement heureuse.
Elle écrit à sa Mère :
Ma petite maman chérie,
Quel bonheur de venir un peu causer avec toi. Oh! si tu savais
combien je t'aime; il me semble que je ne te remercierai jamais
assez de m'avoir laissée entrer dans ce cher Carmel où je suis si
heureuse. C'est un peu à toi aussi que je dois mon bonheur, car tu
sais bien que si tu n'avais pas dit «oui» ta petite Sabeth serait
restée près de toi. Oh! ma petite mère, comme le bon Dieu t'aime, si
tu voyais avec quelle tendresse Il te regarde!... Je
t'embrasse, je te serre bien fort dans mes bras comme avant. Si tu
savais comme je t'aime et comme je te dis merci !
Ton Élisabeth
Lettre 85 du 9 août 1901 à sa mère
Elle se laisse happer par
le silence où elle trouve Celui qu’elle cherche. Et les sœurs sont
frappées de voir combien est grand son recueillement.
Au Carmel, on fut frappé dès son entrée, de cette désappropriation d'elle-même et
de la simplicité de son humilité qui ne se traduisait pas en
paroles, en attitudes d'abaissement ; en récréation, rien d'affecté
; elle était la plus dilatée des novices, sans légèreté, avec cette
note religieuse qu'elle apportait à tout. Nous ne l'avons jamais
entendue donner son avis, dans nos récréations, sans être mise en
demeure de le faire ; et, dans ce cas, elle le faisait très
simplement, modestement, sans chercher à faire prévaloir son
sentiment.
Témoignage de Mère Germaine
Ce qui ne l’empêche de continuer à être proche des
siens avec une grande délicatesse, en leur racontant ses premiers
pas et ses surprises… dans son nouveau genre de vie :
L'autre soir j'ai eu une fameuse peur, et je crois que si ma petite maman avait
été à ma place elle n'eût pas été plus brave. J'étais remontée à 8 h
dans notre cellule avec notre lampe. D'habitude je ferme la fenêtre
lorsque j'ai de la lumière, mais comme je n'en avais que pour un
instant je la laisse ouverte quand, tout à coup, je sens quelque
chose au-dessus de ma tête. Que vois-je ? Une chauve-souris qui
prenait ses ébats dans notre cellule ! Le bon Dieu m'a donné grâce
pour que je ne crie pas, je me suis sauvée dans le dortoir et
j'avais bien envie de frapper à la porte de Mère Sous-Prieure, qui
est ma voisine. Mais, prenant tout mon courage, je suis rentrée et,
ayant ôté la lumière, tout avait filé !
(L 92 du 12 septembre 1901 à sa mère)
Heureuse d'être au Carmel, Élisabeth aspire maintenant à en recevoir
l'habit. Le 15 octobre, en la fête de sainte Thérèse d'Avila, il lui
fut dit intérieurement qu'elle le revêtirait en la fête prochaine de
l'Immaculée Conception (8 décembre). Un mois plus tard, le Chapitre
de la Communauté s'apprête à examiner son admission au noviciat.
A sa Prieure qui l'engage à beaucoup prier, Élisabeth répond :
Il est vrai, ma Mère, je suis bien imparfaite, mais je crois que le
bon Dieu veut me faire cette grâce ; quant à mes sœurs,
pourront-elles me la refuser ? Elles doivent m'aimer, je les aime
tant ! Témoignage de Mère
Germaine
A l'unanimité des voix, les sœurs admettent Élisabeth à la prise
d'Habit.