Le désir d'Élisabeth d'entrer au Carmel éclate au fil des pages du
Journal qu'elle tient en 1899.
Le veto de madame Catez reste formel, qui a aussi interdit à sa
fille tout contact avec les sœurs. Élisabeth espère en silence,
cultivant la douceur qu'elle a conquise. Ainsi en témoigne Guite, sa
sœur dont elle est si proche :
... cette enfant si difficile est
devenue une jeune fille possédant un beau calme mais non sans
efforts car ne voulant répondre à un reproche injuste ou à une
observation imméritée, une larme perlant à ses paupières montrait la
lutte intérieure qu'Élisabeth soutenait avec un véritable héroïsme,
si bien que notre chère maman qui était la vivacité même lui disait
quelquefois "Mais fâche-toi donc, tu m'impatientes avec ton calme".
Guite, déposition au procès de béatification
Élisabeth avait seize ans ou même peut-être dix-huit quand,
voulant déboucher une bouteille d'encre, elle eut la maladresse de
tacher sa robe toute neuve ; maman lui appliqua une gifle mais
Élisabeth accepta avec sa douceur habituelle cette correction qui
semblait n'être plus de son âge.
Guite, témoignage
Elle reste très présente à toutes
ses occupations.
Elle allait dans les matinées chantantes et y
paraissait très gaie. Comme elle n'était pas timide, nous la
faisions entrer la première sa sœur et moi.
Témoignage de Marie-Louise Hallo
Mais ses proches la sentent prise "ailleurs". Son regard au
cours des matinées dansantes la découvre présente à une autre
Présence.
Voilà les réunions mondaines qui recommencent ; vous
savez si j'aime cela ; enfin je l'offre au bon Dieu, il me semble
que rien ne peut distraire de lui. Lorsqu'on n'agit que pour lui,
toujours en sa sainte présence, sous ce divin regard qui pénètre
dans le plus intime de l'âme, même au milieu du monde on peut
l'écouter, dans le silence d'un cœur qui ne veut être qu'à lui.Lettre
du 1er décembre 1900 au Chanoine AnglesEt
cependant son attente va enfin voir se dessiner un terme. Le
dimanche 26 mai 1899, Élisabeth écrit dans son Journal :
Marguerite
a encore abordé le sujet de ma vocation ; maman lui a répondu que je
ne devais plus y penser, et qu'elle ne m'en parlerait pas la
première. Cependant, après le déjeuner, cette pauvre mère
m'interrogea. Quand elle vit mes idées toujours les mêmes, elle
versa beaucoup de larmes et me dit qu'elle ne m'empêcherait pas de
partir à vingt et un ans ; que j'avais donc seulement deux ans
d'attente et qu'en conscience, je ne pouvais laisser ma sœur avant.
Élisabeth aura 21 ans le 18 juillet 1901. Elle doit donc attendre
encore deux ans. Elle utilise ce temps pour se préparer
intérieurement laissant se développer une profonde intimité avec
Dieu qui demeure en elle.
Je me livre, je m'abandonne à lui, je suis
si tranquille, je sais à qui je me confie. Il est tout puissant,
qu'il arrange toutes choses selon son bon plaisir ; je ne veux que
ce qu'il veut ; je ne désire que ce qu'il désire ; je ne lui demande
qu'une chose : l'aimer de toute mon âme, mais d'un amour vrai, fort
et généreux. Enfin la date de son entrée au Carmel est
fixée au 2 août 1901.
En envoyant sa photographie au chanoine Angles le
14 juin 1901, Élisabeth écrit :
Vous ai-je jamais dit mon nom au Carmel : "Marie-Élisabeth de la Trinité". Il me semble que ce nom
indique une vocation particulière, n'est-ce pas qu'il est beau ?
J'aime tant ce mystère de la Sainte Trinité, c'est un abîme dans
lequel je me perds !...
... Adieu, cher Monsieur, je vous envoie ma
photographie ; pendant qu'on la faisait je pensais à Lui, c'est donc
Lui qu'elle vous portera. En la regardant priez-le pour moi, j'en ai
besoin, je vous assure. Lettre L 62 du 14 juin 1901, au Chanoine Angles