Nuit du 8 au 9 novembre : Dernières paroles
Ayant la joie d'avoir Elisabeth au Carmel pour quelques heures, nous voulions, bien sûr, l'entourer et veiller auprès d'elle.
Après l'office des Vigiles de la Dédicace de la basilique du Latran, amis, frères et
sœurs d'Elisabeth ont pris leur tour de garde. A la suite, évidemment, de Janua Coeli (la statue de la Vierge de Lourdes surnommée Janua Coeli, porte du ciel, par Elisabeth et qui figure sur l'une des dernières photos d'Elisabeth) qui a posé, comme il y a cent ans, son regard maternel sur la petite louange de gloire qui avait mis ses pas dans les siens.
Les heures se sont égrenées. La prière était relancée par des textes courts.
A 6 heures du matin, les frères et les sœurs se sont rassemblés au chœur, en manteau blanc. C'était le jour "J" et l'heure "H" pour la petite fusée qui allait s'élancer au sein de ses "Trois". Le récit que fait Mère Germaine dans Les Souvenirs de la mort d'Elisabeth a été lu. Après un répons, l'angélus a été sonné. Et... le Centenaire était accompli.
Temps d'oraison, temps d'action de grâce... puis nouveau rassemblement.
Cette fois, Elisabeth reprend le chemin de Saint Michel, toujours accompagnée par ses frères dans le Carmel. La lecture de la lettre 333 actualise son testament :
Je vous laisse ma foi en la présence de Dieu, du Dieu tout Amour habitant en nos âmes. Je vous le confie : c'est cette intimité avec Lui « au-dedans » qui a été le beau soleil irradiant ma vie, en faisant déjà comme un Ciel anticipé ; c'est ce qui me soutient aujourd'hui dans la souffrance. Je n'ai pas peur de ma faiblesse, c'est elle qui me donne confiance, car le Fort est en moi et sa vertu est toute puissante ; elle opère, dit l'Apôtre, au-delà de ce que nous pouvons espérer ! ... quand je serai là-haut voulez-vous me permettre de vous aider, de vous reprendre même, si je vois que vous ne donnez pas tout au Maître ? et ce, parce que je vous aime ! ... Qu'Il vous garde toute sienne, toute fidèle; en Lui je serai toujours TOUTE VOTRE.
La lente mélopée des Litanies à la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité accompagne le départ de la châsse enlevée par les frères.
Bienheureuse Élisabeth, humble et joyeuse dans le sacrifice,
prie pour nous
Bienheureuse Élisabeth, divinement heureuse jusqu'en ton agonie,
prie pour nous
Bienheureuse Élisabeth, victime d'amour offerte pour l'église,
prie pour nous
Bienheureuse Élisabeth, unie à la Reine des martyrs, dans la force et la douceur,
prie pour nous
Bienheureuse Élisabeth, conduite par l'Agneau aux sources de la Vie,
prie pour nous
Bienheureuse Élisabeth, hostie de louange à la gloire de Dieu,
prie pour nous
Bienheureuse Élisabeth, toi qui nous guide à la Lumière, à l'Amour, à la Vie,
prie pour nous
Bienheureuse Élisabeth, Louange de gloire de la Trinité Sainte,
prie pour nous
Les Laudes à Saint Michel
Jeudi 9 novembre - 11 h 30 : l'abîme de gloire
Fête liturgique le 8 novembre, anniversaire de la naissance au ciel le 9 novembre, deux raisons pour rejoindre le Carmel et de se joindre toujours à son action de grâce. C'est pourquoi nous nous sommes retrouvés nombreux encore à l'Eucharistie de ce jour, en cette fête de la Dédicace. Elisabeth maison de Dieu est devenue ce temple vivant vivant où Dieu a pu demeurer, l'abîme de sa miséricorde créant, appelant et comblant l'abîme d'amour d'Elisabeth.
Vendredi 10 novembre matin : Elisabeth fille de Thérèse
Toujours en cette semaine du centenaire, l'occasion en étant donnée par le pèlerinage des frères Carmes, une seconde conférence eut lieu sur Elisabeth et Thérèse... d'Avila, bien sûr.
Au-delà de ce qui peut extérieurement les séparer : Elisabeth, une jeune professe sans charge et Thérèse femme mûre, réformatrice-fondatrice de l'Ordre du Carmel, une profonde connivence unit les deux femmes. Elle est faite d'une affectivité riche et débordante chez l'une et l'autre, d'une grande force de volonté qu'oriente la violence du désir.
Si Elisabeth peut lire dès le jour de sa première communion le texte du signet de Thérèse sur l'image que lui remet la prieure du Carmel (Que rien ne te trouble... Dieu seul suffit), elle doit sans doute à sa mère une rencontre plus profonde avec Thérèse. Madame
Catez a été en effet séduite elle-même par la figure de la Madre et, lorsqu'elle était jeune fille, elle copié un certain nombre de ses textes. Une de ses carnets personnels tombe entre les mains d'Elisabeth qui découvre aussi Thérèse directement "dans le texte" puisqu'elle confie à son Journal en 1899 qu'elle est entrain de lire le Chemin de perfection. Le texte de Thérèse le plus souvent copié par Elisabeth est : "ou souffrir, ou mourir". Si la place des termes n'est pas exactement respectée, du fait des copies imprécises qui sont entre les mains d'Elisabeth, celle-ci retrouve intuitivement le sens de La Madre : "ou mourir, ou souffrir".
Comme Thérèse, Elisabeth veut vivre avec le Christ. Elle veut tout partager avec lui. Ce qui signifie suivre son chemin. Chemin de souffrance, de don de soi, pour que le monde ait la Vie.
Ce chemin, Elisabeth en découvre toute l'épaisseur, dans son année de noviciat. Car elle a à devenir carmélite, selon le
cœur de Thérèse. Elisabeth découvre que le Carmel est un coin du ciel, oui, mais du ciel dans la foi.
La conférence s'achève sur la très belle image qui était la raison qu'avait Elisabeth de préférer Thérèse aux autres Saints : car elle est morte d'amour.